Qu’est devenu Marco Polo ? c’est pour répondre à cette question qui nous taraude que nous partons pour la Croatie, son pays natal.

En visite au château de KNIN, nous faisons la rencontre d’un pauvre bougre en cage, promis à l’écartèlement, à moins qu’une bonne âme ne s’engage à le prendre à sa charge.

D’après ses dires, assez difficiles à comprendre car il s’exprime en bichlamar,  il aurait déjà navigué comme cuistot sous le pavillon de Mer Amitié, ce qui nous paraît une référence acceptable. N’écoutant que notre bon coeur, nous l’engageons sur notre bord.

A Split, nous retrouvons le reste de l’équipage, et réalisons l’avitaillement en victuailles et tafia . Notre vaisseau, Malinero, est amarré en bout de quai au milieu d’un fatras de futs et de caisses  que l’on embarque dans les cales au moyen d’un cartahu médiéval.

 Samedi, appareillage pour Milna, sur l’ile de BRAC, où nous accostons dans la Marina NCM.

 

Dimanche , en route pour  HVAR.  Nous partons explorer le château qui domine la ville, car Marco Polo y aurait fait un séjour pour tenue indécente sur la voie publique. 

Hélas, le cachot ne recèle rien d’autre que  ce qui a servi a enchainer Marco le temps de sa garde à vue.

Pour l’apéro, notre cuistot de fortune qui a pris un peu d’avance, s’obstine à confondre un vieux manche à balai avec un saucisson.

Comme nous l’avions déjà surpris à Zadar en pleine discussion avec une statue, puis un cycliste, cette bévue ne nous surprend qu’à moitié.

Lundi départ pour SPETI IVAN sur KORCULA, où nous attend un corps mort bien abrité dans une baie pittoresque, dotée d’un petit restaurant, la konoba Siloko, bien agréable.

Toutefois, dans ces régions à l’hygiène douteuse, je juge préférable de mobiliser mon gouteur, qui est une gouteuse, pour m’assurer que la nourriture est sans danger.

Le lendemain nous décidons de rester à Vela Luka pour cause de gale warning, et nous nous amarrons QOK sur pendille. Nous observons que la région a dû être victime d’un tsunami récent, car on trouve des bateaux sur les toits des maisons qui surplombent le port.

Nous rendons visite à la pythie de la grotte préhistorique sise sur les hauteurs de la ville. Elle sera susceptible de nous fournir des indications sur Marco. Selon ses visions, qu’elle obtient par l’ingestion de décoctions à forte teneur alcoolique, on l’aurait vu récemment à Korcula, dans un estaminet de mauvaise réputation. Il y aurait tenté de shangaier un équipage de sac et de corde pour on ne sait quelle expédition lointaine.

Dès le lendemain, le second et le pilote, étudient la route pour gagner Korcula  et  échapper aux pirates barbaresques qui infestent la région à bord de felouques rapides.

L’équipage est un peu inquiet car les réserves de pastis fondent comme neige au soleil, et la cambusière remplit parcimonieusement les boujarons, alors que le cuistot qui est un grand maniaque de la cacahuète brandit fièrement un paquet d’arachides sorti d’une réserve qui semble inépuisable, au grand dam de l’équipage !

Korcula , nous voilà !

Nous nous séparons en plusieurs groupes, pendant que le chirurgien du bord part acheter ses instruments de travail sous la protection de sa garde du corps personnelle, transfuge des amazones de feu Khadafi.

Marco Polo reste introuvable, il paraît qu’il serait allé faire des courses en Chine, en passant par Dubrovnik où il a ses habitudes dans un bar à hôtesses connu sous le nom de « House of the rising sun », tout  à fait  en rapport avec son gout de l’exotisme oriental.

Au détour de ruelles ombragées, nous découvrons une échoppe au nom de MARCO POLO, dont la tenancière, qui parle couramment le tagalog, nous dit qu’il vient de quitter précipitamment la ville après une faillite frauduleuse

Nous décidons de faire route vers Dubrovnik, via Lopud et Veliki Zaton où nous trouvons un mouillage discret et bien aéré, par un courant d’air de plus de 50 nds venu perturber notre sommeil.

Dans l’enceinte de la vieille ville nous nous dirigeons vers le bouge où Marco avait ses habitudes .Lulu la Tornade, protégée de Dodo la Saumure, qui bénéficiait de ses assiduités,  se confie à nous  autour  de quelques chopes de toceno pivo . Elle nous révèle qu’elle n’a pas vu Marco depuis fort longtemps, et qu’il se serait acoquiné avec un certain Kubilai Khan, asiate fourbe et cruel,  chef de gang d’une bande de yakuzas , ou de triade[1] de même acabit.

Nous furetons un peu partout, des remparts de la ville aux toilettes payantes des bas fonds les plus glauques, sans trouver plus  d’indice, à part des hordes d’asiatiques venus sous couvert de tourisme, mais que nous soupçonnons de faire partie d’une 5° colonne jaune à la solde de Kubilai Khan.

La population a d’ailleurs identifié une espionne chinoise, qui s’est trahie en prenant un selfie, et ne tarde pas à la défenestrer du haut des remparts.

Notre cuistot s’étant fourvoyé dans les fougères à la poursuite d’une accorte bougresse s’est fait piquer par une sorte de frelon, probablement asiatique. Le charpentier du bord, qui a également des connaissances de chirurgie, intervient immédiatement pour neutraliser le venin thermolabile au moyen d’une cigarette dont il ne se sépare jamais. L’intérêt de l’opération est double, car il permet aussi de cautériser la blessure, et  le cuistot n’hésite pas à exprimer son soulagement et sa reconnaissance d’être aussi bien soigné !

Le lendemain, nous repartons vers MJLET, où nous faisons la connaissance  à Polace d’un tavernier dont nous occupons le mouillage, moyennant l’utilisation de ses services en location de vélos et restauration.

Nous lui manifestons notre satisfaction en lui offrant un fond de bouteille de pastis, qu’il descend au goulot sous nos yeux avec un rugissement de plaisir. Il nous fait déguster en retour un élixir de sa composition, dont les effets délétères s’accompagnent de visions dont le caractère prophétique n’a pas été confirmé par la Faculté.

Les lacs de Polace sont superbes, et l’on y trouve même une ile, sur l’ile, ainsi qu’un ancien monastère où MARCO aurait fait une cure de désintoxication avant de repartir vers le nord.

Dès l’aube, nous mettons le cap sur la rivière KRKA, en passant par BRNA et MASLINICA, poussés par une jolie brise.

   


Après avoir fait une provision de moules et d’huitres aux environs de Sibenik , nous faisons escale à Skradin, où notre cambusière refait les stocks de pastis et nous partons aux chutes .

Sur la route de Split, Rogoznika nous offre l’hospitalité d’une luxueuse marina, où il ne fait pas bon être un crocodile.

 

De retour à  Split, le capitaine est attaqué par 2 légionnaires romains qui veulent le dépouiller face à la Porte d’Or du palais de Dioclétien: il les extermine sans autre forme de procès  et arrose sa victoire d’une bière bien fraiche !

                                 

                                                                                   Mais toujours pas de Marco Polo …

                                                             

Patrick Colléter

[1] Oui, les yakuzas sont japonais et les triades chinoises, mais pour nous occidentaux, ils se ressemblent tous.

 

 

Dernier périple de Sirénade avant de rejoindre son port d’attache.

 

Le passage de relais a eu lieu à Paimpol (Pempoull en breton) avec l’équipage Doume autour d’un apéro d’accueil et d’une choucroute (mais si !!) apportée par l’équipage entrant. Paimpol, autrefois hôte de l’Ecole Nationale de la Marine Marchande et plus connue maintenant pour son coco !! Quelle déchéance ! Le temps d’aller avitailler au Centre Leclerc pour au moins 2 mois (notre Chef de Bord étant soit très prudent OU connaissant la réputation et habitudes de son équipage…) Les intéressé(e)s se reconnaîtront !

 

Destination : les îles anglo-normandes ; laquelle me direz-vous ? Serq, Aurigny ? Aurigny, Serq ? Le suspense dura tout le temps de cette navigation de nuit pour aboutir à la frustration d’un des équipiers pour qui Serq « voulait dire beaucoup », mais il « était libre » et malgré la rancœur qu’il a gardée jusqu’au Havre, « il était heureux d’être là malgré tout ».

 

Bref, le chef de bord a toujours raison. Ce sera Aurigny !

Temps beau, vent portant pour un 5 à 7 (nœuds bien sûr) de croisière bien établi, le soleil disant à la lune : « Que fais-tu sur l’horizon ? Il est bien tard, à la brune, Pour sortir de sa maison… » (Théophile Gautier). Spectacle nocturne garanti.

Puis pétole, dérive, zig-zag… la lune n’étant plus du bon côté !! Réveil du chef de bord, moteur… ! Si j’avais su, je ne l’aurais pas réveillé !! Arrivée à Aurigny (Alderney en anglais) au petit matin sous une pluie battante, horizontale même et des rafales force 7… (La vengeance probablement du Chef de Bord d’une nuit écourtée) ! Aurigny, l’austère, la grise, la refroidissante, celle qui vous dit quand vous la voyez  « you are not welcome » !! La météo expliquerait-elle ces premières impressions ?

 

Il faut savoir qu’Aldernay était appelée par les allemands durant la guerre « l’île Adolf », du prénom donné par ce dernier. 4 camps de concentration y furent construits…Bref, un passé peu glorieux remis au goût du jour par ses fêtes du début août organisées dans des bunkers abandonnés (les « bunkers parties »). Quand l’histoire nous rattrape.

 

Avant la visite d’Alderney  et  d’un « down town » desert (pour cause dimanche) et d’une « dégustation » de fish and chips dans un pub froid et humide, l’équipage s’était endormi comme un baby…tellement bien que la douane anglaise s’introduit sur Sirénade sans être dérangée par un de ses occupants pour déposer, délicatement ou pas,  sur la table à cartes un formulaire nous réclamant le droit de passage (en £ uniquement) et nos «  Identitätspapier » ! (je termine là toute référence à l’histoire).

 

Départ le lendemain 6 heures toujours pour rallier Saint-Vaast la Hougue ! Conditions semblables à celles de notre arrivée, agitées… Bye-Bye Aurigny, see you never !!

 

Grosse navigation et temps clément dans le port accueillant de SVLH jusqu’au diner. Passage auparavant obligatoire chez Gosselin, « the place to be » ! Et en avant pour une deuxième navigation de nuit, direction Ouistreham (enfin, c’est ce qu’on croyait) ! Conditions idéales ; tellement bonnes qu’elles ont permis à David d’assister (je dis bien assister) à l’envoi du spi, en pleine nuit, sur des airs nostalgiques de Supertramp et des Rolling Stones !

 

Re-pétole dans la nuit, moteur, et décision de rejoindre Le Havre en zappant l’escale d’Ouistreham.

 

200 milles en 2 nuits et 1 journée !

On repart quand, David ?

 

Jean-Christophe

A la recherche du vent perdu

Ou Embarquement pour six terres[1]

Croisière Malinero en Croatie du 14 au 28 juin 2018

Nous arrivâmes tous les sept par une chaude après-midi ensoleillée, en ordre à peu près groupé, à la marina de Kastela.

Malinero[2] est au mouillage tout au bout du quai [3](quasiment à la dernière place, près de la sortie). Et chacun de s’ébaubir devant la petite merveille :

(sur l’air de  « Marinella » – Tino Rossi)

Malinero,

C’est vrai que t’es un beau bateau

Avec toi nous allons sur l’eau                          

Naviguer pendant qu’il fait chaud

                

                Le doux ronron du moteur

                 Nous berce dès les premières heures     

                 En attendant un vent meilleur…            

                Quand on envoie le génois

                 A chaque fois on est pantois…

                Car il suffit qu’la voile soit prête

               Pour que le vent s’arrête

 

Le soir même nous assisterons à l’arrivée au port d’un bateau désemparé, la grand’voile en charpie, torchonnée à l’envi par les bourrasques…

Après une bonne nuit, les formalités d’usage et un coup de sifflet bref, les amarres sont larguées, c’est le départ d’une odyssée qui nous mènera au gré du vent (avis de tempête ou calme plat) en des endroits plus enchanteurs les uns que les autres…Brac, Hvar, Korcula qui a vu naitre Marco Polo, Lopud, Dubrovnik, Mljet où la nymphe Calypso retint Ulysse pendant 7 ans, Skradin et les cascades de la rivière Krka. Toutefois, nous serons privés de tour de Vis[4].

Les journées passent, dans l’attente d’un éventuel souffle de vent…l’équipage reste des heures à regarder la mer. Le capitaine a pour sa part les yeux rivés aux compteurs ; à la moindre risée flirtant avec les 8/9 nœuds, il coupe le moteur… hélas le vent s’arrête aussi....et de redémarrer pour conserver une honnête moyenne de 5 nœuds !

(Sur l’air de » Voyage voyage » – Desireless)

A la voile ou au moteur

Le matin on dérape de bonne heure

Navigue navigue

Sans regarder l’heure

 

Tous les jours de bonne humeur

Vers 10 heures on mange des petits beurres

Navigue navigue

Vogue vers le bonheur

 

Et quand le vent se lève

C’est pour une durée brève

Heureusement le moteur

Est toujours plein d’ardeur.

 

Navigue navigue

Au gré du vent et d’ses rafales

Navigue navigue

Jusqu’à la prochaine escale…

 

D’Kastela à Korcula

De Dubrovnik aux chutes de la Krka

Navigue navigue

Envoie le génois…

 

De Skradin à Kastela

Faut revenir à la marina

Navigue, navigue

Ne t’arrête pas…

 

Mais parfois le sondeur

Nous donne quelques frayeurs

Affichant par erreur

Une mauvaise profondeur !

 

Navigue navigue

                Essaie d’envoyer de la toile

Navigue navigue

Pour filer bon train sous les voiles…

 

La croisière n’est pas toujours un long fleuve tranquille, loin s’en faut !

Les aléas matériels 

  •  Une prise de coffre acrobatique : le matelot, armé de sa gaffe tel un hallebardier des temps anciens, croche d’un mouvement sûr et élégant la bouée objet de sa convoitise. Las ! la moitié de la gaffe se désolidarise et tombe à l’eau, et notre chevalier des temps modernes dépité ne tient plus dans la main qu’un bête morceau inutile. Le plan bis immédiatement déclenché n’aura pas tout à fait l’effet escompté : la gaffe magique, dont on ne maitrise pas encore l’utilisation, reste quant à elle accrochée à la bouée[5], mais l’aussière a été passée.
  • Les séances de nettoyage aux escales ne manquent pas de piquant non plus : l’unique brosse du bord profite d’un nettoyage du pont pour se séparer de son manche elle aussi[6]. Elle réitérera son abandon de poste à l’arrivée, et sera repêchée dans le port avec le seau (lui au moins n’a pas lâché son bout), et réparée à grand renfort de vis.
  • Le sondeur de temps en temps est pris de fantaisie et affiche une profondeur avoisinant zéro dans des zones a priori profondes, créant quelques instants d’angoisse. Perplexe, le capitaine fera même des contrôles au sondeur à main dans une marina. Mais le mystère demeure, et le sondeur continuera ses facéties.

La météorologie capricieuse:

  • On ne peut parler de croisière de plaisance en Croatie sans aborder le délicat sujet de la météorologie. Quel que soit le site consulté, les prévisions peuvent s’avérer assez fantaisistes. Les appels sécurité de la VHF ne sont pas faits pour rassurer le néophyte, d’autant moins que les messages crachotés sont difficilement compréhensibles pour une oreille non exercée à ce type de borborygmes.
  • Ainsi, une alerte au coup de vent nous consignera dans une baie sympathique, mais nous ne verrons pas le coup de vent annoncé (sauf au moment de se mettre à quai).
  • Parfois Eole y met du sien…et un peu trop, avec lui, c’est tout ou rien...ou on s’envole, ou c’est la pétole
  • On se souviendra longtemps de la nuit à Zaton, sympathique petit port en principe très abrité… Copieusement arrosés par un orage en début de soirée[7], le programme de séchage automatique sera violent avec des rafales dépassant les 50 nœuds ! D’aucun raconte qu’une vieille femme se tenait cette nuit là au bout du quai, soulevant sa jupe pour essayer dit-on d’en « chopper un ou deux » ! Le capitaine et ses fidèles équipiers se relaieront sur le pont pour vérifier les amarres.
  • Un beau jour, Eole s’est levé (il a quand même fait une grasse matinée). Des rafales à 32 nœuds viennent briser le ronron tranquille et rassurant du moteur. Gérard, tel une walkyrie, tient la barre et chevauche les flots furieux. Malinero caracole sur les vagues, il tient bon le vent et file vaillamment sur la mer démontée (enfin, pas tout à fait…mais bien blanche quand même). Au fond de la cambuse où j’œuvre à la confection d’un déjeuner frugal, le bruit lancinant de la course associé à la gite du bateau et à l’écume qui défile devant le hublot laisse imaginer un record de vitesse. En fait nous (ne) filons (que) 8,9 nœuds. Record à battre tout de même.Puis le vent s’arrête et Malinero retrouve son assiette (et nous aussi car il était temps de se restaurer).

Les agréables découvertes gastronomiques et autres

  • Au nord de Mljet, la passe sud d’accès à Polace a tout du fjord scandinave. Nous sommes talonnés par d’autres plaisanciers…les places à quais sont rares en cas de vent mauvais. Le capitaine jette son dévolu sur un des rares coffres libres, dont le propriétaire - patron du restaurant Ankora - nous laisse une impression plutôt mitigée lors de la manœuvre tant il vocifère et réclame à grands cris un « spring [8]» (quésaco ???). En fait, il se révélera tout à fait cordial et avouera son faible pour le pastis. Le fond de bouteille que le capitaine[9] lui offrira achèvera de dégeler les relations internationales et il nous gratifiera  en retour de rogoznica lors du diner dans son établissement.Après quoi, le retour en annexe au bateau sera épique : on fera quelques ronds dans l’eau avant d’atteindre l’objectif ! Mais le capitaine, grand seigneur, décrétera un boujaron de rhum pour les courageux rameurs.

 (sur l’air de «  Mais d’aventures en aventures » - Serge Lama)

De crique en crique et d’ile en ile

Et de  mouillage en marina

Jamais encore ça j’en suis sûre                       

J’ n’ai mangé mieux qu’à Ankora

  • A force de scruter la mer, on finit toujours à l’instar de Sœur Anne par voir quelque chose. Ce matin là nous avons eu la chance de croiser un troupeau de dauphins en vadrouille. Splendide rencontre sur le chemin de Skradin.
  • De Sibenik et Skradin, des parcs à moules et huitres jalonnent les rives. On s’y approvisionne en huitres[10] et en moules. A noter que les frites ne sont pas fournies avec icelles ! Jean et Gérard nous concocteront un plat mémorable le soir même.
  • Les spectaculaires cascades de Skradin (Skradinski buk) ne sont plus à vanter. La balade pédestre passe par un moulin, dont on peut voir fonctionner encore une des nombreuses meules de pierre colossales. C’est le dépaysement total : de l’eau partout, une végétation luxuriante… je m’imagine à la recherche des sources du Nil au-delà des cataractes. Nous n’avons rencontré ni Stanley, ni Livingstone.
  • Alors que nos réserves de pastis percutent le zéro absolu, on a la joie de découvrir au retour des cascades, par un hasard mystérieux et chez un caviste fin connaisseur, une bouteille de Bardouin[11] … pleine. Ouf sauvés !
  • Malgré son nom à la consonance japonaise, le cake Tifoutou n’a absolument rien de nippon. Il serait plutôt fripon. Sa composition répond à des critères très stricts : en sus des éléments de base (œufs, farine et levure) on y met absolument tout ce qui passe à portée de main et de préférence n’importe quoi. D’un cake à l’autre, on relève des différences de goût, de couleur et de consistance, mais ils sont toujours délicieux. Dominique nous en fera deux : un jaune et un rouge brique, très appréciés à l’apéritif.

Remerciements

Cette belle aventure n’aurait pas vu le jour sans le travail préparatoire minutieux du capitaine Ad Hoc, qui a consacré ses longues soirées d’hiver à concevoir un circuit alternant découvertes de criques, baignades, balades et visites, avec plans bis, voire ter, en cas de météo défavorable.

Récapitulatif du circuit

Nuit 1 Marina Kastela

Nuit 2 Marina Milna – Brac  - restaurant Palm

Nuit 3 Marina Hvar – Hvar

Nuit 4 Mouillage Uvana Gradina – Sveti Ivan - Korcula – restaurant

Nuit 5 Marina Vela Luka – Korcula

Nuit 6 Marina Korcula – Korcula

Nuit 7 Mouillage Uvala Sunj -  Lopud

Nuit 8 Marina de Zaton

Nuit 9 Mouillage Saplunara – Mljet – restaurant Saplunara

Nuit 10 Marina Polace – Mljet – restaurant Ankora

Nuit 11 Marina Brna - Korcula

Nuit 12 Marina Maslinica – Solta

Nuit 13 Marina Skradin

Nuit 14 Marina Rogaznica

Nuit 15 Marina Kastela – restaurant de la marina

Bon à savoir

Se munir de :

·         produit anti-moustiques

·         chaussures filet pour la baignade : attention aux oursins

·         d’espèces : change plus avantageux que le cours appliqué au retrait d’argent aux distributeurs A noter que le cours appliqué aux paiements par effectués par carte bancaire est encore plus avantageux.

 

 

Le 10 juillet 2018

Sylviane Colléter



[1]Dans l’ordre : Brac, Hvar, Korcula, Lopud, Mljet et Solta

[2]Malinero : petit noir en croate, si si.

[3]Et non pas au cou du bey ! D’accord, d’accord ça n’a rien à voir…et les jeux de mollets fatiguent les jambettes !

[4]Sans sombrer dans la paranoïa, je me demande s’il ne s’agit pas là d’une extension de l’interdiction formelle à bord de marteau et de burin, décrétée à l’issue de la croisière toulonnaise.

[5] Après lecture du mode d’emploi et quelques tests en réel, son utilisation n’aura plus de secret pour l’équipage. Nous ne saurons trop recommander aux équipages suivants de s’initier à son maniement avant le départ.

[6]Voir plus haut, cf la gaffe. Il semblerait que gaffe et brosse aient été bien mal emmanchées dès le départ.

[7] Inutile de mettre de l’eau dans le pastis, elle y tombait naturellement pour peu que l’on tendît son verre.

[8]Et pas un « string ». Un spring est une garde, ainsi que nous le confiera le Captain, qui s’était judicieusement muni du fascicule de la SNSM des termes usuels Français / anglais.

[9]Notre capitaine a bon fond.

[10]Il s’agit d’huitres sauvages au manteau noir, dont la saveur rappelle un peu les belons.

[11]Pour ceux qui ne connaissent pas : pastis très parfumé. A découvrir d’urgence.

Le vendredi 1er Juin, pour le vol aller, nous avons fait escale à Belgrade avant de rejoindre Split. Nous sommes ensuite allés en bus jusqu’à la Marina Kastela, où nous avons découvert le bateau et fait l’avitaillement. Le lendemain matin, après avoir fait un petit briefing sécurité et une visite approfondie de l’extérieur et de l’intérieur de Malinero, nous sommes partis au moteur direction Split pour une prise en main. L’arrêt à Split avait pour objectif de payer la taxe de séjour (950 Kn pour 2 semaines). Nous avons voulu nous mettre le long du quai le plus proche de la capitainerie mais nous nous sommes fait jeter sans ménagement car la place convoitée était celle d’un traversier, qui justement revenait au port. Nous avons finalement pu négocier de rester une heure sur un autre quai avant de repartir cette fois sous voiles en direction de Brak. Le vent forcissant lors de notre passage entre Brak et Solta, nous avons pris un ris. Après le passage entre les iles, nous sommes retournés vers Milna pour une pause de quelques heures, qui s’est transformée en un arrêt pour la nuit au quai (500 Kn). Après une visite de la ville et une baignade, nous avons mangé dans une terrasse des produits de la mer grillés au feu de bois (poissons, crevettes et calamars). Nous avons croisé beaucoup de vélos sur cette île; des petits bateaux de croisière débarquant leurs passagers avec leurs vélos pour une balade autour de l’île. Je pense que pour ceux qui n’ont pas d’assistance électrique, cela doit être assez sportif au regard des routes que l’on a pu apercevoir de la mer.

 

Le 3 juin, nous étions levés tôt mais il y avait déjà du monde sur les bateaux. Certains étaient réveillés alors que d’autres dormaient dans les cockpits à la belle étoile. Après avoir pris notre petit déjeuner, nous sommes allés prendre un mouillage abrité à Milna juste à côté de la marina pour une baignade en attendant le vent. Nous sommes ensuite repartis vers 10 h 30 et passés à la voile entre les iles de Brac et de Solta avant de descendre le long de la côte sud de Brac en vent arrière en direction de la plage de Dugi rat où nous espérions pouvoir nous arrêter pour profiter du sable fin. Mais un vent d’ouest s’est mis à forcir jusqu’à atteindre 35 noeuds, ce qui nous a obligé à prendre 2 ris et nous a conduit à repartir, sans même nous arrêter, en direction de l’embouchure menant à Stari Grad. Arrivé sur place, nous avons mouillé dans un premier temps proche du centreville dans une zone qui semblait autorisée selon la carte, mais après 30 minutes la capitainerie nous a fait savoir que l’on ne pouvait pas rester. Nous nous sommes donc un peu éloigné jusqu’à trouver une zone abritée et déserte. Le soir alors que nous prenions l’apéro, une petite vedette en panne de moteur est passée à proximité de Malinero. Nous lui avons lancé une haussière pour lui permettre d’attendre le zodiac de la capitainerie venu les chercher (Position du mouillage 43°11’3594’’ N ; 16°34’7935’’ E).
Après une nuit calme, même si réveillé 2 ou 3 fois pour vérifier le mouillage, nous nous sommes promenés vers la ville de Stari Grad où nous avons pu faire quelques courses pour compléter notre avitaillement. Vers 11 h, nous sommes partis en direction d’Hvar. Sous un vent calme et changeant, nous avons longé en tirant quelques bords les îles Infernales. Arrivés à Hvar, nous avons commencé par faire un petit tour du port en voilier puis nous avons fait un mouillage juste devant la ville (Position du mouillage 43°10’177’’ N ; 16°26’079’’ E). Une partie de l’équipage est alors partie en annexe visiter Hvar avec pour mission de remplir leur petit bidon d’essence, pendant que les autres assistaient à des manoeuvres de mouillage assez hasardeuses de différents voiliers autour du bateau. Une vedette du port était même présente pour essayer d’organiser un peu la chose. Lorsque l’équipage a été réuni au complet, nous sommes repartis en direction d’un autre mouillage à U. Duboka Vela pour passer la nuit (Position du mouillage 43°09’787’’ N ; 16°22’918’’ E).

 

 

Réveillés par une alarme batterie, nous avons commencé dès l’aube des exercices en allant passer une haussière à terre, histoire de travailler l’amarrage cocotier. Ensuite nous avons fait une petite promenade pour aller explorer la côte ouest de l’île où se trouvaient quelques voiliers dans des criques très sympa. Néanmoins, nous avons pu constater que ces mouillages étaient un peu plus exposés que le notre qui était très abrité du vent d’ouest/sud-ouest. De retour au bateau nous avons pris notre petit déjeuner puis nous nous sommes baignés en appâtant les poissons avec quelques miettes de pain. Au moment du départ, un très beau voilier à 2 mats est venu prendre place à l’entrée de la baie que nous pensions pourtant avoir privatisé. Avant d’hisser les voiles, nous avons fait un petit tour vers l’entrée de la Marina Palmizana (encore une Marina ACI) à Makja puis nous avons fait route vers le sud en prenant la passe de Velo Zdrilo entre SV Klement (Iles Infernales) et Borovac. Ce passage est assez étroit et peu profond donc c’est bien sagement que nous sommes restés derrière les 2 bateaux qui nous précédaient même si l’envie de les doubler était forte. Après avoir longé un peu la côte sud des îles infernales en croisant les voiliers qui quittaient leurs mouillages, nous avons fait route vers la côte Est puis Sud de Vis à la recherche de la baie de Stiniva, présentée dans les guides comme la plus belle de l’île de Vis, si ce n’est de tout le pays. Arrivés sur place, nous avons mis l’ancre dans une espèce de souricière pour manger, mais la houle et le vent entrants nous ont incités à repartir assez vite pour éviter tout incident. Le repas fut donc pris en mer sous génois seul par vent arrière, ballotés par une petite houle venant sur notre travers, en faisant route vers lîle de Bisevo, fameuse pour sa cave bleue. Arrivés sur place, nous avons cherché la zone de mouillage et repéré les bouées mais l’endroit étant très exposé à la houle, nous sommes repartis sans nous arrêter pour Komiza à l’ouest de Vis où nous avons passé la nuit accrochés à une bouée (tarif: 250 Kn). Peu après notre arrivée, un fort orage s’est déclenché pour bien rincer le pont. Une fois l’orage passé, nous sommes partis visiter la ville de Komiza. Il n’est pas facile de trouver une place pour atteindre la berge en annexe au milieu de tous les petits bateaux de pêche, mais c’est probablement fait à dessein pour nous inciter à prendre les bateaux taxi qui tournent entre les voiliers au mouillage. La ville nous est apparue sympathique même si comme à Milna, beaucoup de maisons sont à l’abandon. La ville semble surtout vivre des voiliers de passage et aussi un peu de la plongée. Le problème c’est que côté commerces, ils prennent un peu les touristes pour des pigeons. C’est ainsi qu’au moment de prendre une glace, il a fallu demander au serveur de rajouter la glace car on aurait cru qu’il ne nous avait donné que le cornet. En ce qui concerne les sanitaires, c’est propre mais très limité: 2 douches et idem pour les toilettes.

 

 

 

 

 

En ce 6ème jour de navigation, le départ de Komiza a été un peu avancé lorsque nous avons aperçu d’autres voiliers qui semblaient partir pour Bisero où nous n’avions compté que quelques bouées de disponibles. Arrivés sur place nous avons pris une bouée avec la nouvelle gaffe automatique. A peine amarrés, une barque est venue nous chercher pour aller visiter les caves (tarif: 70 Kn par personne). La visite n’est pas très longue (compter 30 minutes), mais en fin de matinée, avec le soleil, le spectacle est impressionnant. Après être entrés en se penchant, nous avons découvert un éclairage envoutant. L’endroit est très touristique mais vaut le coup d’oeil. De retour au bateau, nous n’avons eu que 5 minutes pour quitter les lieux et reprendre notre route vers le nord. Nous aurons bien tenté d’hisser plusieurs fois les voiles mais par faute de vent, c’est au moteur que nous aurons rejoint après 5 heures de navigation un mouillage dans la baie de Primosten, où nous avons pu nous baigner avant d’aller avec l’annexe visiter la presqu’île et faire quelques courses. Il est à noter que l’échelle de bain sur Malinero est nettement plus pratique que sur Sirenade.
Nous sommes repartis de Primosten vers 7 h du matin au moteur. Après avoir contourné la ville de Primosten, nous sommes remontés vers le nord en slalomant entre les iles jusqu’à l’entrée du canal de SV Anté. Juste après l’entrée, nous avons fait un mouillage le temps d’une baignade. Ensuite nous avons remonté le canal en direction de Sibenik, puis la rivière Krkaj qui serpente sur environ 5 Mn jusqu’à Skradin.

Nous sommes passés sous 2 ponts, dont celui de Guberina d’une hauteur de 30 m alors que notre tirant d’air était de 22 m. Heureusement d’autres étaient déjà venus avant nous ce qui nous a rassuré sur le fait que cela devait passer! Le midi, nous avons fait un mouillage devant Kradin le temps du repas puis comme le vent soufflait, nous avons amené le bateau à quai à la marina ACI de Skradin pour aller ensuite visiter les cascades. Nous avions initialement prévu de repartir avant 17 h mais par faute de temps, nous avons finalement décidé de passer la nuit à la marina (tarif: 696 Kn pour la nuit). A l’arrivée aux cascades, il y avait beaucoup de monde mais heureusement au fur et à mesure que nous montions, la foule s’est dispersée. Le soir après un petit tour dans la ville nous sommes allés au restaurant manger en terrasse.

 

 

 

 

 

 


Après une petite promenade matinale et une douche pour ceux qui le souhaitaient, nous sommes repartis vers 7 h 30. Nous avons bien failli oublier un équipier car le CdB était persuadé qu’il était encore dans sa cabine à se reposer, alors qu’il était parti aux sanitaires. Nous avons pris notre petit déjeuner pendant la descente de la rivière Krkaj en profitant du paysage. Le pain n’étant pas la spécialité croate, nous avons pu apprécier la fonction grill du four pour préparer nos tartines. Ensuite, le descente fut aussi l’occasion de faire quelques surliures. Arrivés à la mer, nous avons mouillé devant Jadrija pour un petit bain. Le sol constitué d’une roche plate avec juste une fine couche de gravillons n’était pas de bonne tenue. Le vent montant, nous avons quitté le mouillage sous voiles. Après un bord vent arrière en direction de Vodice, nous avons commencé à tirer des bords pour redescendre en slalomant entre les îles Tijat, Zmajan, Zlarin… Pendant une partie de la navigation, le vent est monté force 7, ce qui nous a obligé à réduire la toile. Afin de pouvoir manger dans des conditions confortables, nous avons rejoint l’anse de Kalina où nous avons pris un mouillage pour le repas. Si au départ l’ancre semblait bien accrochée, après 45 minutes, le bateau a commencé à déraper sous l’effet des rafales de vent. Ceci a donc sonné l’heure du départ pour rejoindre Rogoznica. Nous avons commencé sous voiles à tirer des bords puis avons du finir au moteur car comme presque chaque jour, en seconde partie d’après midi le vent était tombé. Arrivés sur place, nous avons pris une bouée (tarif: 250 Kn) car de l’orage était annoncé pour le soir. Avant de manger, nous avons rejoint la presqu’île de Rogoznica qui vient d’être réaménagée puis une partie de l’équipage a marché jusqu’à la marina, pendant que les autres allaient les chercher en annexe pour ensuite ramener tout le monde au bateau. Nous n’aurons pas vraiment eu l’occasion de profiter des commodités de la marina mais de ce que j’ai pu en voir, tout était très propre et en très bon état.
Après une nuit très très arrosée (par la pluie j’entends), nous avons pris notre petit déjeuner pour la première fois à l’intérieur. La pluie était tellement intense que de l’eau s’est même infiltrée dans le bateau par un mécanisme que je ne m’explique toujours pas totalement. Pas de candidats à la baignade ce matin la, sauf pour moi qui suis allé faire le pitre le temps d’une photo dans l’annexe, où l’on avait au moins 15 cm d’eau (la nourrice flottait presque!). Le temps restant gris, c’est habillé de nos vestes de quarts que nous avons quitté Rogoznica. Au départ le vent permettait d’avancer à plus de 6 noeuds sous voile, mais nous avons alterné entre pluie et moteur toute la matinée en slalomant entre les ilots jusqu’à Trogir. Arrivés à Trogir, nous nous sommes approchés de la vieille ville puis nous avons fait le plein de gasoil (52 litres) avant d’aller mouiller devant la plage de Trudor. Comme il faisait moins chaud que les autres jours, afin de capter un maximum de soleil, nous avons retiré le taud de soleil. Puis lorsque les nuages sont revenus nous avons remis taud plus capote. Afin de comprendre comment était attachée la chaine aux 20 m de cablot supplémentaire, nous en avions descendu 70 m même s’il n’y avait que 10 m de fond. Au moment de repartir, cela a pris un certain temps à tout remonter, puis nous avons fait route vers la marina de Kastela. En tirant des bords, nous avons pu naviguer sous voiles une grande partie de l’après midi, le temps de contourner l’île de Ciovo. C’est finalement vers 17 h 30 que le bateau s’est retrouvé amarré sur pendille à la Marina Kastela, après une dernière manoeuvre venant achever ce périple de 267 Mn (30 heures moteur). Nous avons fait quelques courses pour l’avitaillement et le ménage puis sommes allés mangés dans une brasserie pour débrifer notre superbe semaine de navigation. En rangeant, nous avons encore découvert du matériel dans certaines cachettes, preuve que l’on aurait eu besoin d’encore quelques jours à bord pour tout connaitre. La découverte du bateau et du plan d’eau auront été pour chacun de nous une formidable expérience et nous avons tous hâte de retrouver Malinero pour de nouvelles aventures. En attendant, nous allons suivre les autres sur vessel finder.

Merci à Yvon, Gabriel et François d’avoir trouvé et préparé ce superbe bateau, à la fois robuste, confortable et manoeuvrable.