2018 06 - A la recherche de Marco Polo

Qu’est devenu Marco Polo ? c’est pour répondre à cette question qui nous taraude que nous partons pour la Croatie, son pays natal.

En visite au château de KNIN, nous faisons la rencontre d’un pauvre bougre en cage, promis à l’écartèlement, à moins qu’une bonne âme ne s’engage à le prendre à sa charge.

D’après ses dires, assez difficiles à comprendre car il s’exprime en bichlamar,  il aurait déjà navigué comme cuistot sous le pavillon de Mer Amitié, ce qui nous paraît une référence acceptable. N’écoutant que notre bon coeur, nous l’engageons sur notre bord.

A Split, nous retrouvons le reste de l’équipage, et réalisons l’avitaillement en victuailles et tafia . Notre vaisseau, Malinero, est amarré en bout de quai au milieu d’un fatras de futs et de caisses  que l’on embarque dans les cales au moyen d’un cartahu médiéval.

 Samedi, appareillage pour Milna, sur l’ile de BRAC, où nous accostons dans la Marina NCM.

 

Dimanche , en route pour  HVAR.  Nous partons explorer le château qui domine la ville, car Marco Polo y aurait fait un séjour pour tenue indécente sur la voie publique. 

Hélas, le cachot ne recèle rien d’autre que  ce qui a servi a enchainer Marco le temps de sa garde à vue.

Pour l’apéro, notre cuistot de fortune qui a pris un peu d’avance, s’obstine à confondre un vieux manche à balai avec un saucisson.

Comme nous l’avions déjà surpris à Zadar en pleine discussion avec une statue, puis un cycliste, cette bévue ne nous surprend qu’à moitié.

Lundi départ pour SPETI IVAN sur KORCULA, où nous attend un corps mort bien abrité dans une baie pittoresque, dotée d’un petit restaurant, la konoba Siloko, bien agréable.

Toutefois, dans ces régions à l’hygiène douteuse, je juge préférable de mobiliser mon gouteur, qui est une gouteuse, pour m’assurer que la nourriture est sans danger.

Le lendemain nous décidons de rester à Vela Luka pour cause de gale warning, et nous nous amarrons QOK sur pendille. Nous observons que la région a dû être victime d’un tsunami récent, car on trouve des bateaux sur les toits des maisons qui surplombent le port.

Nous rendons visite à la pythie de la grotte préhistorique sise sur les hauteurs de la ville. Elle sera susceptible de nous fournir des indications sur Marco. Selon ses visions, qu’elle obtient par l’ingestion de décoctions à forte teneur alcoolique, on l’aurait vu récemment à Korcula, dans un estaminet de mauvaise réputation. Il y aurait tenté de shangaier un équipage de sac et de corde pour on ne sait quelle expédition lointaine.

Dès le lendemain, le second et le pilote, étudient la route pour gagner Korcula  et  échapper aux pirates barbaresques qui infestent la région à bord de felouques rapides.

L’équipage est un peu inquiet car les réserves de pastis fondent comme neige au soleil, et la cambusière remplit parcimonieusement les boujarons, alors que le cuistot qui est un grand maniaque de la cacahuète brandit fièrement un paquet d’arachides sorti d’une réserve qui semble inépuisable, au grand dam de l’équipage !

Korcula , nous voilà !

Nous nous séparons en plusieurs groupes, pendant que le chirurgien du bord part acheter ses instruments de travail sous la protection de sa garde du corps personnelle, transfuge des amazones de feu Khadafi.

Marco Polo reste introuvable, il paraît qu’il serait allé faire des courses en Chine, en passant par Dubrovnik où il a ses habitudes dans un bar à hôtesses connu sous le nom de « House of the rising sun », tout  à fait  en rapport avec son gout de l’exotisme oriental.

Au détour de ruelles ombragées, nous découvrons une échoppe au nom de MARCO POLO, dont la tenancière, qui parle couramment le tagalog, nous dit qu’il vient de quitter précipitamment la ville après une faillite frauduleuse

Nous décidons de faire route vers Dubrovnik, via Lopud et Veliki Zaton où nous trouvons un mouillage discret et bien aéré, par un courant d’air de plus de 50 nds venu perturber notre sommeil.

Dans l’enceinte de la vieille ville nous nous dirigeons vers le bouge où Marco avait ses habitudes .Lulu la Tornade, protégée de Dodo la Saumure, qui bénéficiait de ses assiduités,  se confie à nous  autour  de quelques chopes de toceno pivo . Elle nous révèle qu’elle n’a pas vu Marco depuis fort longtemps, et qu’il se serait acoquiné avec un certain Kubilai Khan, asiate fourbe et cruel,  chef de gang d’une bande de yakuzas , ou de triade[1] de même acabit.

Nous furetons un peu partout, des remparts de la ville aux toilettes payantes des bas fonds les plus glauques, sans trouver plus  d’indice, à part des hordes d’asiatiques venus sous couvert de tourisme, mais que nous soupçonnons de faire partie d’une 5° colonne jaune à la solde de Kubilai Khan.

La population a d’ailleurs identifié une espionne chinoise, qui s’est trahie en prenant un selfie, et ne tarde pas à la défenestrer du haut des remparts.

Notre cuistot s’étant fourvoyé dans les fougères à la poursuite d’une accorte bougresse s’est fait piquer par une sorte de frelon, probablement asiatique. Le charpentier du bord, qui a également des connaissances de chirurgie, intervient immédiatement pour neutraliser le venin thermolabile au moyen d’une cigarette dont il ne se sépare jamais. L’intérêt de l’opération est double, car il permet aussi de cautériser la blessure, et  le cuistot n’hésite pas à exprimer son soulagement et sa reconnaissance d’être aussi bien soigné !

Le lendemain, nous repartons vers MJLET, où nous faisons la connaissance  à Polace d’un tavernier dont nous occupons le mouillage, moyennant l’utilisation de ses services en location de vélos et restauration.

Nous lui manifestons notre satisfaction en lui offrant un fond de bouteille de pastis, qu’il descend au goulot sous nos yeux avec un rugissement de plaisir. Il nous fait déguster en retour un élixir de sa composition, dont les effets délétères s’accompagnent de visions dont le caractère prophétique n’a pas été confirmé par la Faculté.

Les lacs de Polace sont superbes, et l’on y trouve même une ile, sur l’ile, ainsi qu’un ancien monastère où MARCO aurait fait une cure de désintoxication avant de repartir vers le nord.

Dès l’aube, nous mettons le cap sur la rivière KRKA, en passant par BRNA et MASLINICA, poussés par une jolie brise.

   


Après avoir fait une provision de moules et d’huitres aux environs de Sibenik , nous faisons escale à Skradin, où notre cambusière refait les stocks de pastis et nous partons aux chutes .

Sur la route de Split, Rogoznika nous offre l’hospitalité d’une luxueuse marina, où il ne fait pas bon être un crocodile.

 

De retour à  Split, le capitaine est attaqué par 2 légionnaires romains qui veulent le dépouiller face à la Porte d’Or du palais de Dioclétien: il les extermine sans autre forme de procès  et arrose sa victoire d’une bière bien fraiche !

                                 

                                                                                   Mais toujours pas de Marco Polo …

                                                             

Patrick Colléter

[1] Oui, les yakuzas sont japonais et les triades chinoises, mais pour nous occidentaux, ils se ressemblent tous.